Samedi 14 juin 2008

Entends-tu ce monde qui gronde ?

 Les routes de la menace, portant ces carcasses de métal qui vibrent, les automobiles, objets de mort et de malheur, armes en puissance, qui font craquer les corps et énervent les tympans, sont les voies de circulation des nouveaux virus aiguisés de la terreur.

Les rues se chargent des sueurs inquiètes des travailleurs morbides, blafards zombies écervelés par les automatismes d'un monde d'apparence immobile qui les broient.

Les immeubles zèbrent le ciel de béton et de verre tranchant. Les nuages sont meurtris et leurs humeurs maussades et mauves s'épandent en masses lourdes de plomb empoisonné.

Sommes-nous morts ? Sommes-nous vivants ? L'angoisse lente appauvrit nos veines en même temps qu'elle nous essouffle. En même temps qu'elle nous essouffle... Mon souffle est court, saccadé... J'ai besoin de drogue et d'amour. De l'ivresse des nuits sans solitude. Je suis prisonnier de ta main comme un oiseau fragile. Caresse-moi. Pleurer est déjà un succès, la réussite d'un combat de pureté et d'élégance svelte. Les minutes sont étroites maintenant dans cet univers sombre qui nous engourdit. J'ai froid et sommeil. Mes yeux sont secs comme les herbes d'un jardin délaissé de fin d'été. Je t'aime. Caresse-moi comme un oiseau fragile. Sois prisonnière de ma main. Ô être un oiseau sans nuage...J'ai froid et sommeil. Je voudrais me protéger du monde, de l'insistance du monde à cogner à ma porte, à notre porte si nous sommes assez solides encore, friables mais presque entiers, pour nous unir dans le rose des matins.

J'aimerais vaincre, c'est-à-dire m'échapper. Devenir insaisissable comme l'ombre et le vent. Accéder à la sérénité de l'oiseau timide sur sa branche gelée. A peine perceptible, presque invisible et présent pourtant comme l'odeur d'un breuvage tiède et réconfortant.

Entends-tu ce monde qui gronde ? Tonnerre déchirant les âmes, ravage des corps et ensevelissement de la volonté. Entends-tu ce monde qui gronde ? Echappons-nous, allons vers la quiétude et la paix, saluons l'herbe fraîche, buvons les étoiles, serrons dans nos cœurs les pensées éteintes. Rêvons, rêvons fort contre les machines et les bureaucrates assermentés. Fuyons en poésie. Disparition tranquille. Evanouissons nos corps dans l'éther bleu et l'absence blanche. Absorbons nos esprits dans l'encre bleue et les pages blanches.

Viens en rêve.. !

Par Hibou Myope - Publié dans : Rumeur du monde
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